Gestion déchets exploitations agricoles

Une gestion responsable des déchets agricoles est cruciale pour réduire l'impact environnemental des exploitations. Cet article détaille les réglementations, les types de déchets, les pratiques recommandées et les solutions innovantes dans ce domaine.

Obligations légales et réglementations

La gestion des déchets agricoles est encadrée par un ensemble d'obligations légales et réglementaires en France. Ces dispositions visent à assurer une élimination appropriée des déchets, en limitant leur impact sur l'environnement et la santé humaine. Les agriculteurs, en tant que producteurs de déchets, sont tenus de respecter ces règles strictes.

Interdictions et obligations générales

Le Code de l'environnement, dans son article L541-2, précise que tout producteur ou détenteur de déchets est responsable de leur gestion jusqu'à leur élimination ou valorisation finale, même lorsque le déchet est transféré à des fins de traitement à un tiers. Cela implique plusieurs interdictions pour les agriculteurs :
  • Le dépôt sauvage de déchets est strictement interdit, qu'il s'agisse de déchets dangereux ou non.
  • L'enfouissement des déchets sur l'exploitation est également proscrit, sauf dans des installations spécialisées et agréées.
  • L'incinération à l'air libre des déchets est interdite, y compris pour les emballages en papier ou carton.
En parallèle, les agriculteurs ont l'obligation de trier leurs déchets et de veiller à ce que leur élimination ne nuise pas à l'environnement. Ils ne peuvent pas utiliser les circuits de collecte des déchets ménagers pour leurs déchets professionnels.

Recours à des prestataires agréés

Pour éliminer leurs déchets, notamment les déchets dangereux, les agriculteurs doivent faire appel à des installations spécialisées agréées par les pouvoirs publics ou à des prestataires de collecte disposant des autorisations nécessaires. Le recours à un éco-organisme comme Adivalor permet un transfert de responsabilité au moment de la collecte, à condition de conserver le justificatif de remise pendant 3 ans. Si l'agriculteur confie le transport de ses déchets à un prestataire, il doit s'assurer que celui-ci a déclaré son activité en préfecture pour tout transport de plus de 500 kg de déchets non dangereux ou 100 kg de déchets dangereux.

Traçabilité des déchets

Les agriculteurs ont la responsabilité d'assurer la traçabilité de leurs déchets, en particulier pour les déchets dangereux comme les emballages de produits phytosanitaires, les huiles usagées, les piles et batteries, etc. Ils doivent pour cela établir un bordereau de suivi des déchets (BSD) qui sera transmis aux organismes collecteurs. Ce document permet de suivre le déchet de sa production jusqu'à son traitement final. Les agriculteurs peuvent émettre leurs BSD via une plateforme en ligne développée par le Ministère de la Transition Écologique. La tenue d'un registre chronologique des déchets produits et expédiés est aussi obligatoire. En respectant ce cadre réglementaire, en triant et orientant correctement leurs déchets, les agriculteurs participent à la protection de l'environnement et évitent les risques de sanctions. Ils contribuent également aux démarches de progrès engagées par la profession agricole en matière de gestion des déchets.

Types de déchets et filières de recyclage

gestion des déchets agricoles
Les exploitations agricoles génèrent une grande variété de déchets au cours de leurs activités. Ces déchets proviennent de différentes sources et nécessitent une gestion appropriée pour éviter les impacts environnementaux négatifs. Heureusement, il existe des filières de recyclage spécialisées pour valoriser ces déchets et leur donner une seconde vie.

Principaux types de déchets agricoles

Parmi les déchets les plus courants dans les exploitations agricoles, on trouve :
  • Les plastiques : films plastiques, ficelles, filets, gaines d'irrigation, etc.
  • Les emballages : bidons en plastique, sacs en plastique, big bags, sacs en papier, etc.
  • Les produits phytosanitaires : produits non utilisés, emballages vides de produits phytosanitaires (EVPP), etc.
  • Les déchets vétérinaires : produits de soins aux animaux, seringues, aiguilles, etc.
Chaque type de déchet nécessite une prise en charge spécifique pour être correctement trié, collecté et recyclé.

Le rôle clé d'Adivalor dans le recyclage des déchets agricoles

En France, l'éco-organisme Adivalor joue un rôle central dans la gestion des déchets agricoles. Créé en 2001, Adivalor organise la collecte et le recyclage des emballages vides de produits phytosanitaires et des plastiques agricoles usagés. Grâce à son réseau de 300 000 agriculteurs, 1 300 distributeurs et 350 industriels, Adivalor collecte chaque année plus de 76 000 tonnes d'emballages et de plastiques usagés sur 7 000 sites de collecte.

Un taux de recyclage exemplaire

L'action d'Adivalor permet d'atteindre un taux de recyclage remarquable de 90% pour les déchets plastiques collectés. Ces déchets sont transformés en nouveaux produits tels que des tubes, des gaines, des raccords d'irrigation, des ficelles éco-conçues, des éléments de construction ou encore du mobilier urbain.
Type de déchet Quantité collectée (tonnes/an) Taux de recyclage
Plastiques agricoles 76 000 90%

Élargissement constant des filières de recyclage

Adivalor travaille en permanence à l'élargissement des types de déchets pris en charge. Récemment, les emballages de nutrition animale ont été intégrés dans le champ de la collecte. De même, un décret est en préparation pour décharger les agriculteurs de la contribution financière liée aux pneus usagés des silos, ce qui devrait permettre de dépasser les 15 000 tonnes collectées annuellement. Grâce à l'implication des agriculteurs et à l'action d'Adivalor, la gestion des déchets agricoles en France progresse constamment, avec des taux de collecte et de recyclage en hausse. Ces efforts contribuent à réduire l'impact environnemental de l'agriculture et à valoriser les déchets en nouvelles ressources.

Pratiques de gestion et valorisation des déchets

gestion des déchets agricoles
La gestion et la valorisation des déchets agricoles sont des enjeux majeurs pour les exploitations agricoles, tant sur le plan économique qu'environnemental. De nombreuses pratiques et solutions existent pour optimiser la gestion de ces déchets et les transformer en ressources valorisables.

Compostage et co-compostage

Le compostage est une pratique courante pour valoriser les déchets organiques agricoles. En viticulture, le compostage des sarments permet de produire un amendement organique riche en nutriments pour les sols. Les sarments broyés sont mélangés à d'autres matières organiques comme du fumier ou des déchets verts, puis mis en andains pour une décomposition aérobie. Après plusieurs mois, le compost obtenu peut être épandu dans les vignes. Le co-compostage consiste à mélanger des déchets agricoles avec des déchets verts issus des collectivités. Cette pratique présente plusieurs avantages : elle permet d'obtenir un compost de qualité grâce à la complémentarité des matières, de mutualiser les équipements et de réduire les coûts de traitement. Des initiatives de co-compostage ont été mises en place dans le Maine-et-Loire et les Pyrénées-Orientales, associant agriculteurs, collectivités et entreprises spécialisées.

Réutilisation sur site

Certains déchets agricoles peuvent être directement réutilisés sur l'exploitation, évitant ainsi les coûts d'élimination et l'achat de matières premières. C'est le cas des gravats issus de la déconstruction de bâtiments agricoles, qui peuvent servir pour des travaux de terrassement ou la réfection de chemins. De même, les effluents d'élevage comme le fumier et le lisier peuvent être épandus sur les cultures comme fertilisants organiques, sous réserve du respect de la réglementation.

Enjeux économiques et environnementaux

La valorisation des déchets agricoles présente de nombreux bénéfices :
  • Réduction des coûts d'élimination des déchets et d'achat d'intrants (engrais, amendements)
  • Amélioration de la fertilité et de la structure des sols grâce aux amendements organiques
  • Réduction de l'impact environnemental lié à l'incinération ou la mise en décharge des déchets
  • Contribution à l'autonomie et la résilience des exploitations agricoles
Cependant, la mise en place de ces pratiques nécessite des investissements (matériel de broyage, aires de compostage) et une bonne organisation logistique. Des aides financières et un accompagnement technique existent pour encourager les agriculteurs dans cette démarche.

Solutions innovantes et alternatives

Face aux défis environnementaux actuels, il est crucial de trouver des solutions innovantes pour gérer efficacement les déchets agricoles. Heureusement, de nombreuses initiatives émergent, offrant des alternatives prometteuses pour réduire l'impact de ces déchets tout en générant des bénéfices économiques pour les agriculteurs.

Le biogaz fermier, une solution énergétique durable

Denis Brosset, éleveur en Vendée, a mis en place depuis 1999 un système de silos-digesteurs pour produire du biogaz à partir des déchets de son exploitation. Ses digesteurs utilisent un mélange de fumier de bovins (60 à 70%), de déchets de fruits et légumes (20 à 30%) et de fumier de lapins (5 à 15%). Cette installation, qui comporte quatre digesteurs et une cuve de stockage, permet de valoriser énergétiquement les déchets tout en réduisant leur impact environnemental. Selon les calculs de l'Ademe, Denis Brosset consacre 30 à 40 heures par mois pour le chargement, le déchargement et les différentes tâches liées à son unité de biogaz. Cet exemple démontre qu'une installation de taille modeste peut être très intéressante sur le plan économique, à condition de trouver les bons partenaires pour la vente d'électricité, la rémunération du traitement des déchets et les échanges de paille.

Minagris, un projet européen pour étudier l'impact des plastiques agricoles

Le projet Minagris, financé par l'Union Européenne, vise à étudier l'impact des débris plastiques issus de l'agriculture sur la biodiversité des sols. Les plastiques utilisés en agriculture, comme les films de paillage ou les filets, peuvent se fragmenter et s'accumuler dans les sols, avec des conséquences encore mal connues sur les écosystèmes. Grâce à ce projet, des chercheurs de différents pays européens collaborent pour mieux comprendre les mécanismes de dégradation des plastiques agricoles et leurs effets sur la faune et la flore du sol. Les résultats de ces travaux permettront de développer des solutions pour limiter la pollution plastique des sols agricoles et préserver la biodiversité.

Le réemploi, une solution économique et écologique

Consign'up est une initiative innovante qui promeut le réemploi des emballages agricoles grâce à un système de consigne. Les agriculteurs peuvent ainsi retourner leurs bidons vides et propres chez leur distributeur, qui se charge de les collecter et de les renvoyer au fabricant pour qu'ils soient réutilisés. Ce système présente de nombreux avantages :
  • Il réduit la quantité de déchets plastiques générés par l'agriculture
  • Il permet aux agriculteurs d'économiser sur l'achat de nouveaux emballages
  • Il favorise l'économie circulaire en donnant une seconde vie aux emballages
Selon les chiffres de Consign'up, ce sont déjà plus de 500 000 bidons qui ont été réemployés grâce à ce système, évitant ainsi la production de 250 tonnes de déchets plastiques. À terme, l'objectif est d'étendre ce modèle à d'autres types d'emballages agricoles pour amplifier son impact positif. Ces différents exemples montrent que des solutions existent pour mieux gérer les déchets agricoles, en alliant innovation technologique et changement des pratiques. En s'appuyant sur ces initiatives prometteuses, le monde agricole peut progresser vers une gestion plus durable et circulaire de ses déchets.
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