Agriculture régénérative : définition

agriculture regenerative
L'agriculture régénérative est une approche holistique qui vise à restaurer et régénérer les sols et les écosystèmes tout en produisant une nourriture saine. Cet article explore ses principes fondamentaux et ses nombreux avantages environnementaux et économiques.
📊 À retenirL'agriculture régénérative permet d'augmenter de 28 à 34% les rendements de maïs biologique en période de sécheresse par rapport aux cultures conventionnelles.

Principes et objectifs de l'agriculture régénérative

L'agriculture régénérative est une approche agricole qui vise à restaurer et améliorer la santé des sols, tout en maintenant leur fertilité à long terme. Elle repose sur un ensemble de principes fondateurs définis par Gabe Brown, un agriculteur pionnier dans ce domaine. Ces principes visent à travailler en harmonie avec la nature pour régénérer les écosystèmes agricoles.

Minimiser la perturbation du sol

L'un des principes clés de l'agriculture régénérative est de réduire au maximum les perturbations du sol causées par le labour et autres pratiques de travail intensif du sol. Ces pratiques détruisent la structure du sol, réduisent sa teneur en matière organique et perturbent la vie microbienne essentielle à sa fertilité. Les agriculteurs régénératifs privilégient donc des techniques comme le semis direct, qui consiste à semer directement dans les résidus de culture sans travailler le sol au préalable. Par exemple, plutôt que de labourer leurs champs après chaque récolte, les agriculteurs peuvent semer une culture de couverture comme le trèfle ou la vesce. Ces plantes protègent le sol de l'érosion, apportent de la matière organique et fixent l'azote de l'air, enrichissant naturellement le sol.

Réduire l'utilisation d'intrants chimiques

L'agriculture régénérative cherche à minimiser l'usage de pesticides et d'engrais de synthèse, qui peuvent avoir des effets néfastes sur la biodiversité et la santé des sols. Les agriculteurs s'appuient plutôt sur des processus naturels comme la fixation biologique de l'azote par les légumineuses, ou le contrôle des ravageurs par leurs prédateurs naturels. Ainsi, au lieu d'appliquer des engrais azotés chimiques, un agriculteur régénératif pourra inclure des légumineuses comme la luzerne dans ses rotations. Ces plantes, en symbiose avec des bactéries du sol, sont capables de fixer l'azote de l'air et de le restituer au sol, le rendant disponible pour les cultures suivantes.

Maximiser la biodiversité

Favoriser une grande diversité d'espèces végétales et animales est un autre principe fondamental de l'agriculture régénérative. Cette biodiversité renforce la résilience de l'agroécosystème face aux stress et favorise les synergies entre espèces.

Diversité des cultures

Les agriculteurs régénératifs mettent en place des rotations diversifiées, alternant céréales, légumineuses, oléagineux... Ils associent aussi fréquemment plusieurs espèces au sein d'une même parcelle, comme du maïs semé avec des haricots grimpants et des courges. Cette diversité stimule la vie du sol et rompt les cycles des ravageurs.

Intégration de l'élevage

L'élevage est souvent intégré aux fermes régénératives. Le pâturage des prairies par les animaux stimule la croissance de l'herbe et leurs déjections fertilisent le sol. Certains éleveurs pratiquent même le "pâturage cellulaire" où les animaux sont déplacés quotidiennement sur de petites parcelles pour imiter l'impact des grands troupeaux sauvages.

Garder le sol couvert en permanence

Maintenir une couverture végétale vivante ou morte (paillis) en permanence sur le sol est crucial en agriculture regénérative. Cela protège le sol de l'érosion, réduit l'évaporation, nourrit les organismes du sol et stocke du carbone. Pour y parvenir, les agriculteurs implantent des couverts végétaux entre deux cultures principales ou pratiquent le semis direct sous couvert. Par exemple, après une récolte de blé en été, un agriculteur peut semer un mélange de radis fourrager, de phacélie et de vesce. Ce couvert poussera à l'automne, protègera le sol durant l'hiver et sera détruit naturellement par le gel. Au printemps suivant, l'agriculteur sèmera sa culture principale directement dans les résidus de ce couvert, sans travail du sol.

S'adapter à l'environnement local

Enfin, l'agriculture régénérative implique d'adapter ses pratiques au contexte pédoclimatique local. Il n'y a pas de recette universelle, chaque ferme doit concevoir son propre système en fonction de son sol, de son climat, de ses ressources. Cela demande une fine observation de la nature et beaucoup d'expérimentation pour trouver les combinaisons gagnantes. Dans une région semi-aride comme la Californie par exemple, les agriculteurs mettront l'accent sur des pratiques maximisant la rétention d'eau dans le sol, comme le paillage ou les cultures tolérantes à la sécheresse. Sous un climat tropical humide en revanche, ils choisiront des espèces adaptées et lutteront contre l'érosion due aux fortes pluies en maintenant une couverture permanente du sol.

Les avantages écologiques et économiques

permaculture reutilisation L'agriculture régénérative offre de nombreux avantages écologiques et économiques. En adoptant des pratiques agricoles durables et respectueuses de l'environnement, les agriculteurs peuvent non seulement améliorer la santé de leurs sols et de leurs cultures, mais aussi renforcer l'économie locale.

Amélioration de la fertilité des sols

L'un des principaux avantages de l'agriculture régénérative est l'amélioration de la fertilité des sols. En minimisant le travail du sol, en utilisant des cultures de couverture et en favorisant la biodiversité, les agriculteurs peuvent augmenter la teneur en matière organique du sol. Selon une étude publiée en 2021 dans la revue Agriculture, Ecosystems & Environment, les pratiques d'agriculture régénérative ont permis d'augmenter la teneur en carbone organique du sol de 0,4 à 1,1 tonne par hectare et par an, sur une période de 5 à 10 ans. Cette amélioration de la fertilité des sols se traduit par une augmentation des rendements des cultures. Une méta-analyse publiée en 2020 dans la revue Science Advances a montré que les rendements de maïs biologique étaient supérieurs de 28 à 34% à ceux du maïs conventionnel en période de sécheresse, grâce à une meilleure rétention d'eau et une plus grande biomasse dans le sol.

Séquestration du carbone et atténuation du changement climatique

L'agriculture régénérative joue également un rôle important dans la lutte contre le changement climatique, en favorisant la séquestration du carbone dans les sols. Selon une étude publiée en 2020 dans la revue Global Change Biology, l'adoption de pratiques d'agriculture régénérative à l'échelle mondiale pourrait permettre de séquestrer jusqu'à 8,9 gigatonnes de CO2 par an, soit l'équivalent des émissions annuelles de l'Union européenne.
Pratique agricole Potentiel de séquestration du carbone (t CO2/ha/an)
Cultures de couverture 0,4 - 1,2
Agroforesterie 0,7 - 7,3
Pâturage régénératif 0,2 - 2,0

Réduction de la pollution de l'eau et du sol

En réduisant l'utilisation d'intrants chimiques tels que les engrais et les pesticides, l'agriculture régénérative contribue à la réduction de la pollution de l'eau et du sol. Une étude menée en France entre 2013 et 2016 a montré que les exploitations en agriculture biologique avaient une concentration en nitrates dans les eaux souterraines inférieure de 40% à celle des exploitations conventionnelles.

Amélioration de la biodiversité

L'agriculture régénérative favorise également la biodiversité, en créant des habitats diversifiés pour la faune et la flore. Une étude publiée en 2021 dans la revue Journal of Applied Ecology a révélé que les exploitations en agriculture biologique abritaient en moyenne 34% d'espèces d'abeilles sauvages en plus que les exploitations conventionnelles.

Renforcement de l'économie locale

Enfin, l'agriculture régénérative peut contribuer au renforcement de l'économie locale, en favorisant les circuits courts et la vente directe. Selon une étude menée par l'ADEME en 2017, chaque euro dépensé dans un circuit court génère en moyenne 2,5 euros pour l'économie locale, contre seulement 1,3 euro pour un circuit long. En adoptant des pratiques d'agriculture régénérative, les agriculteurs peuvent donc non seulement améliorer la santé de leurs sols et de leurs cultures, mais aussi contribuer à la lutte contre le changement climatique, réduire la pollution, favoriser la biodiversité et dynamiser l'économie locale.

Techniques agricoles régénératives

L'agriculture régénérative repose sur un ensemble de techniques agricoles spécifiques visant à améliorer la santé des sols, à accroître la biodiversité et à séquestrer le carbone dans le sol. Ces pratiques s'inspirent des cycles naturels et cherchent à minimiser les perturbations tout en optimisant les processus biologiques. Découvrons en détail les principales techniques utilisées dans l'agriculture régénérative.

Le zéro labour ou semis direct

Le zéro labour, également appelé semis direct, consiste à semer directement dans les résidus de culture précédente sans travailler le sol au préalable. Cette technique permet de préserver la structure du sol, de réduire l'érosion et d'améliorer la rétention d'eau. En évitant le labour, on favorise également l'activité biologique du sol et la formation d'agrégats stables. Le semis direct présente de nombreux avantages par rapport au labour traditionnel :
Critère Labour traditionnel Semis direct
Rétention d'eau Faible Élevée
Biodiversité du sol Réduite Favorisée
Érosion Importante Limitée

Les cultures de couverture

Les cultures de couverture sont des plantes semées entre deux cultures principales pour couvrir le sol et le protéger. Elles peuvent être composées de légumineuses, de graminées ou d'un mélange d'espèces. Les cultures de couverture permettent de :
  • Réduire l'érosion et le lessivage des nutriments
  • Augmenter la matière organique du sol
  • Fixer l'azote atmosphérique (pour les légumineuses)
  • Améliorer la structure du sol et sa capacité de rétention d'eau
  • Contrôler les adventices par compétition

La rotation des cultures

La rotation des cultures consiste à alterner différentes espèces végétales sur une même parcelle au fil des saisons. Cette pratique permet de diversifier les apports en nutriments, de rompre les cycles des ravageurs et des maladies, et d'améliorer la structure du sol. Une rotation bien conçue peut inclure des légumineuses pour fixer l'azote, des plantes à racines profondes pour décompacter le sol, et des cultures de couverture pour protéger le sol.

La gestion des pâturages

En agriculture régénérative, la gestion des pâturages vise à optimiser l'interaction entre les animaux et la végétation. Le pâturage rotatif, qui consiste à déplacer régulièrement les animaux sur différentes parcelles, permet de :
  • Stimuler la croissance de l'herbe par le broutage et le piétinement
  • Favoriser le tallage et l'enracinement profond des plantes
  • Apporter de la matière organique au sol via les déjections animales
  • Améliorer le cycle des nutriments

L'intégration de l'élevage

L'intégration de l'élevage dans les systèmes de culture permet de créer des synergies bénéfiques. Les animaux peuvent valoriser les résidus de culture et les couverts végétaux, tout en apportant du fumier qui enrichit le sol en matière organique. Cette intégration favorise la diversification des productions et la résilience économique des exploitations. En combinant ces différentes techniques, l'agriculture régénérative vise à restaurer et à entretenir la fertilité des sols, à augmenter la biodiversité et à séquestrer du carbone. Ces pratiques contribuent ainsi à la durabilité des systèmes agricoles et à l'atténuation du changement climatique.

Comparaison avec l'agriculture conventionnelle et biologique

L'agriculture régénérative se distingue des modèles agricoles conventionnels et biologiques par ses pratiques et son impact environnemental. Alors que l'agriculture conventionnelle repose souvent sur l'utilisation intensive d'intrants chimiques et le travail du sol, l'agriculture régénérative cherche à restaurer les écosystèmes en s'appuyant sur des principes écologiques.

Différences en termes de pratiques agricoles

L'agriculture régénérative va au-delà des trois axes de l'agriculture de conservation que sont l'abandon du travail du sol, la couverture permanente du sol et les rotations longues. Elle intègre des pratiques comme :
  • L'utilisation de cultures de couverture diversifiées pour nourrir le sol et stimuler la biodiversité
  • L'intégration de l'élevage pour un apport de fumier et une gestion optimale des pâturages
  • La réduction drastique voire l'élimination des intrants chimiques (engrais, pesticides)
  • La plantation de haies et d'arbres pour créer des micro-climats favorables
En comparaison, l'agriculture biologique exclut les intrants chimiques mais autorise le travail du sol, tandis que l'agriculture conventionnelle repose largement sur les intrants de synthèse et le labour.

Impact sur l'environnement et le climat

Grâce à ses pratiques, l'agriculture régénérative permet de :
  • Stocker du carbone dans les sols et la biomasse, contribuant à l'atténuation du changement climatique. Une étude a montré une réduction de 41% des émissions de gaz à effet de serre grâce à la diminution des engrais azotés.
  • Restaurer la biodiversité des sols et des écosystèmes agricoles, là où l'agriculture conventionnelle tend à l'appauvrir.
  • Améliorer la rétention d'eau et la résilience des cultures face aux aléas climatiques, contrairement aux sols nus et travaillés.
Pratique Agriculture conventionnelle Agriculture biologique Agriculture régénérative
Travail du sol Oui Oui Non
Intrants chimiques Oui Non Non
Couverture du sol Rare Variable Permanente
Biodiversité Faible Modérée Élevée
En restaurant les fonctions écologiques des agroécosystèmes, l'agriculture régénérative offre une voie prometteuse pour concilier production alimentaire et protection de l'environnement, là où les modèles conventionnel et biologique peinent à répondre à tous les enjeux.

L'essentiel à retenir sur l'agriculture régénérative

L'agriculture régénérative représente une véritable révolution dans les pratiques agricoles. En favorisant la biodiversité, en minimisant les perturbations du sol et en réduisant l'utilisation d'intrants chimiques, elle permet de restaurer durablement la fertilité des sols tout en séquestrant le carbone. Son potentiel d'expansion est énorme, notamment en France où elle pourrait contribuer à atteindre les objectifs de neutralité carbone fixés par l'accord de Paris sur le climat.

Questions en rapport avec le sujet

Quels sont les principes clés de l'agriculture de régénération ?

L'agriculture régénératrice est basée sur 5 principes: maintenir le sol couvert, minimiser les perturbations du sol, maximiser la diversité des cultures, maintenir des racines vivantes dans le sol toute l'année et, dans l'idéal, intégrer le bétail.

Qu'est-ce que l'alimentation régénérative ?

L'agriculture régénérative (ou « régénératrice » en français académique) réunit un ensemble de pratiques agricoles dont l'objectif premier est de renforcer naturellement la qualité des sols ou de restaurer la fertilité des sols malades ou épuisés.
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